Antoine BON - Jurisprudence de droit du travail

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mercredi, septembre 14 2011

Le contrat fait la qualité de cadre (et la volonté de partir ne fait pas le motif de licenciement)...

Cour de cassation - chambre sociale...

Dans cet arrêt deux attendus intéressants dans le cadre du licenciement d'un boucher engagé en qualité de cadre et qui avait exprimé à son employeur sa volonté de quitter son emploi pour ouvrir sa propre boucherie.

Il réclamait des dommages et intérêts tant pour le non respect de son statut de cadre que pour la rupture de son contrat de travail qu'il considérait comme abusive.

La Cour d'appel avait rejetté toutes ses demandes au motif que d'une part dans les faits il n'exercait pas des fonctions de cadre et d'autre part que sa volonté exprimé de départ et l'ouverture de son fonds de commerce produisait les effets d'une démission (alors que les premiers juges y avaient vu un accord de rupture amiable).

La Cour de cassation casse l'arrêt sur les deux points.

Sur le premier point, elle rappelle que si la qualité de cadre ou non-cadre dépend des fonctions réellement occupées, tel n'est pas le cas lorsque l'employeur a contractuellement reconnu cette qualité au salarié, ce qui était le cas en l'espèce.

Sur le second point, dès lors qu'en l'absence d'une démission non équivoque, c'est à l'employeur qu'il revient de prendre l'initiative de la rupture, la Cour de cassation renvoie l'affaire devant la Cour d'appel pour qu'elle analyse l'acte de rupture et vérifie s'il s'agissait d'un licenciement fondé sur un motif économique réel et sérieux.

mardi, juillet 27 2010

Influence d'une restructuration sur les obligations de l'employeur et du salarié

Cour de cassation - chambre sociale - 7 juillet 2010

Dans cet arrêt très important, la Cour de cassation statue sur le cas d'un cadre supérieur licencié pour avoir manifesté son désaccord sur la stratégie de la société dans le cadre de la restructuration du groupe auquel elle appartenait.

La Cour y affirme tout d'abord que le seul fait pour ce salarié d'avoir fait part à sa direction, sans excéder les limites de sa liberté d'expression de ce qu'il n'entendait pas participer à la mise en oeuvre du plan de restructuration en constituait pas un acte d'insubordination.

Ainsi il est reconnu au salarié, même cadre supérieur, le droit d'émettre son avis et même de refuser de collaborer activement à des décisions stratégiques.

La Cour ajoute de surcroit, et de manière à mon sens inédite, que le fait de maintenir durablement un salarié dans l'incertitude sur ses fonctions constitue une exécution de mauvaise foi du contrat de travail engageant sa responsabilité.

En l'occurrence, le salarié licencié a perçu 120 000 € au titre de la rupture sans cause réelle et sérieuse et 4 000 € au titre du préjudice moral pour l'incertitude créée par son employeur.

vendredi, février 5 2010

Les avantages conventionnels des cadres ouverts à tous ?

Cour d'appel Montpellier 4 novembre 2009

Par cet arrêt, non encore publié sur Légifrance, la Cour d'appel de Montpellier accorde à un salarié non cadre relevant de la convention collective des caves coopératives l'indemnité de licenciement et le délai de préavis prévu pour les cadres.

La Cour se base sur le principe "à travail égal, salaire égal" tel que développé par la jurisprudence de la Cour de cassation.

Reprenant la formule posée par cette dernière, la Cour d'appel constate qu'aucune raison objective ne justifie la différence de traitement instituée par la convention collective entre les salariés cadres et non cadres.

L'examen de la Cour a porté d'abord sur la convention collective, muette sur la justification de la différence de traitement entre cadre et non cadre, puis sur les justifications invoquées par l'entreprise.

Elle considère que la qualification et les responsabilités des postes de cadre ne justifient pas en elles-même la différence de traitement, pas plus que l'affirmation non justifiée d'une plus grande difficulté pour les cadres de retrouver du travail.

En l'état, une telle jurisprudence revient à ouvrir à tous les salariés les avantages conventionnels prévus pour les cadres, sauf à ce que :

- soit la convention collective fasse mention des circonstances objectives justifiant la différence de traitement, - soit l'employeur rapporte la preuve documentée de ces circonstances.

Suite à cet arrêt la position de la Cour de cassation sur la question est très attendue au vue des conséquences importantes qu'elle porte en elle.